L'interview du jour : Expliseat : le nouveau poids lourd du siège d’avion ultra-light est français !

Publié le 01/12/2014

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 Avec le Titanium Seat, le siège le plus léger du monde destiné à la classe économique, Expliseat a initié une véritable révolution technologique et un changement radical dans les modes de fonctionnement de l'aéronautique... Cette start-up française créée en 2011 a l'ambition de devenir le leader mondial de la fabrication de sièges de classe éco et semble plutôt bien partie. Benjamin Saada, l'un des 3 fondateurs revient pour nous sur cette réussite industrielle.

SEPEM : Tout le monde ne se lève pas un matin avec l'envie de créer des sièges d'avions plus légers, comment est née cette idée ?

Benjamin Saada : Jean-Charles Samuelian, Vincent Tejedo et moi-même avons créé Expliseat en 2011, suite à un constat très simple : quand on est passager d'avion en classe éco, on n'est pas très bien assis, on n'a peu d'espace pour ses jambes et on a mal au dos rapidement. Comment dans un appareil bourré de technologies peut-on encore s'asseoir sur des sièges en aluminium qui n'ont quasiment pas évolué depuis 40 ans ?

SEPEM : Personne n'y avait pensé jusqu'alors ?

Benjamin Saada : Certainement que d'autres y avaient songé mais le monde de l'aéronautique est tellement difficile à intégrer et les normes à respecter sont tellement exigeantes et nombreuses... Ceux qui y avaient réfléchi n'ont jamais réussi à passer les tests.

SEPEM : Le secteur de l'aéronautique est habituellement très cloisonné, très rigide, très conservateur, des milliers de pages de normes à respecter en raison des règles de sécurité... Vous aviez à l'époque une vingtaine d'années. Comme disait Mark Twain : « c'est parce qu'ils ne savaient pas que c'était impossible qu'ils l'ont fait ? 

"Benjamin Saada : Nous étions convaincus de proposer un produit très innovant. Nous avons beaucoup travaillé en amont.  On a breveté un squelette de siège d'avion et rencontré beaucoup de professionnels qui au départ essayaient de nous dissuader. Finalement, après quelques heures de discussion, ils commençaient à être convaincus. Mais ce qui nous différencie surtout, c'est que nous avons décidé de changer les modes de fonctionnement tant dans la conception, la fabrication, le développement, et commercialisation, nous avons mis en place un véritable changement de système.

SEPEM : Concrètement cela s'est traduit par quoi ?

Benjamin Saada : Pour réussir à faire le siège que nous avions imaginé, aucun matériau n'existait, on s'est dit alors qu'il fallait inventer un nouveau matériau. C'est donc un composite fait de carbone, fibres  rigides et plastique qui a vu le jour. On a surtout lancé une course contre la montre. Les premières pièces nous les faisions fabriquer par de grandes entreprises. Mais elles mettaient 4 à 8 semaines à nous en sortir une seule. 2 mois à l'échelle d'une start-up, c'est énorme... c'est trop long. Nous avons donc décidé d'accélérer ce cycle de développement en internalisant la fabrication. Ce qui nous a même poussé à nous équiper d'un four de potier pour créer nos propres moules. L'instrumenter, le programmer a été un véritable défi. Mais nous avons ainsi pu sortir 400 pièces en 4 semaines et ça a marché, on a réussi à obtenir un siège robuste et plus léger.

SEPEM : Ce fauteuil de 4 kilos destiné à la classe éco est plus léger et plus fin que les sièges actuels (8-12 kg Ndlr), je suppose que ce n'est pas uniquement le confort des passagers qui a incité vos partenaires à vous suivre dans ce projet ?

Benjamin Saada : Un siège plus léger, c'est un avion plus léger, cela représente 2 tonnes de masse de moins sur un avion. Donc, il utilise moins de kérosène. Grâce à ce siège, nous pouvons faire économiser aux compagnies près de  400 000 dollars par an et par avion. Sur une flotte de 200 appareils, cela représente 80 millions d'euros annuels. Réduire le carburant c'est aussi bien plus écologique, c'est pour cela que nous avons remporté le Grand prix du Business durable de BFMTV 2014 dans la catégorie « Transition énergétique ».  Un siège plus léger, c'est aussi un siège composé de moins de pièces et donc qui nécessite une maintenance plus réduite, donc du temps et de l'argent économisé.

SEPEM : Première compagnie à vous faire confiance Air Méditerranée. Un vol avec plus de 200 Titatimun seat devrait relier Paris à Marrakech ces jours-ci. Vous livrez également en ce moment une autre compagnie en Afrique. Pourquoi vous intéressez-vous particulièrement à ce territoire ?

Benjamin Saada : En Asie ou en Afrique, il se crée environ une compagnie aérienne par mois. Des avions plus légers, peuvent atterrir dans des aéroports plus petits et par conséquent, ces compagnies peuvent créer de nouvelles lignes, actuellement inexistantes. Ce sont pour elles de nouveaux marchés en perspective et nous sommes ravis de pouvoir les accompagner.

SEPEM : Actuellement, on entend beaucoup parler de la fuite des cerveaux, pourquoi être restés en France ?

Benjamin Saada : Parce qu'en France on a de réels talents et de savoir-faire. Il n'y a pas 1000 endroits dans le monde où l'on trouve autant de compétences réunies dans le domaine de l'aéronautique. Fournisseurs, laboratoires de recherche... La France est vraiment un pays très compétitif en aéronautique.

SEPEM : Si vous deviez donner des conseils à des jeunes qui se lancent que pourriez-vous leur dire ?

Benjamin Saada : Il faut toujours raisonner et concevoir par la fonctionnalité, répondre à un besoin, c'est fondamental ! Ensuite être très proches des partenaires dès le premier jour, pour qu'ils adhèrent au projet. Notre capacité de collaboration avec nos fournisseurs a été essentielle. Nous ne sommes jamais arrivés avec un cahier des charges, nous avons avancé ensemble. Enfin, avoir de l'audace, de la rigueur, être efficace et concret permet d'avoir plus d'impacts. Nos 10 brevets et inventions dans le processus de création ont été fondamentaux et nous ont rendus crédibles aux yeux de nos partenaires. 

Interview réalisée par Stéphanie VERGEZ, pour SEPEM Industries / Les BNI

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