L'interview du jour : Toyota Valenciennes, l’usine ‘’green, clean and lean’’

Publié le 23/01/2019

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Implantée au coeur de la première région automobile française, l'usine Toyota Valenciennes a ouvert ses portes aux journalistes du magazine SEPEM, en amontdu salon qui se tiendra à Douai du 29 au 31 janvier 2019. Nous vous invitonsà plonger avec nous au coeur de la seule usine du constructeur japonais en France, unique à plus d'un titre. Sa compacité, son organisation du travail et sa politique environnementale volontariste en font un modèle original. Entrée en production début 2001, le site s'est par ailleurs lancé dans un renouvellement industriel profond. Le projet Toyota New Global Architecture (TNGA) se traduit par un investissement de 300 Meuros, soit la moitié de l'investissement initial pour la création de l'usine. Objectif : devenir la plus importante usine automobile française dans les années 2020, avec 300 000 véhicules par an. Quitte à voir plus loin que son modèle de prédilection : la Yaris.

Un fonctionnement autonome

Seule usine Toyota de l'Hexagone, Toyota Motor Manufacturing France SAS (TMMF) est une société française à part entière, qui dépose ses comptes au tribunal de commerce. Toyota Europe possède trois autres sites en France : Vaucresson (92) pour la partie commerciale, Le Pouzin (07) pour les pièces détachées et Sophia Antipolis (06), qui abrite l'un des 5 centres de design mondiaux de Toyota. « Chaque site est responsable pour son activité », précise Eric Moyère. Contrairement au fonctionnement habituel des constructeurs français, où c'est le siège qui donne des consignes aux différents sites, l'usine bénéficie ainsi d'une grande autonomie, qu'il s'agisse de politique RH ou de décisions industrielles. Les Yaris bicolores, proposées aux clients depuis deux ans et demi, ont ainsi été lancées à l'initiative du site valenciennois. Une idée qui s'est avérée porteuse, puisque les véhicules bicolores représentent fin 2018 15 à 20 % de la production. La mise en place d'une troisième équipe, en 2004, était aussi particulièrement novatrice pour le groupe. Ajoutons que la Yaris a été le premier véhicule labellisé « origine France garantie », ce qui impose une valeur ajoutée à plus de 50 % sur le territoire français.

Valenciennes, une implantation stratégique

Lorsque Toyota a cherché un site pour une nouvelle usine à la fin des années 90, plusieurs arguments ont plaidé en faveur de Valenciennes (ou plus précisément Onnaing). Tout d'abord, cette localisation était stratégique, au coeur du marché des petites citadines. Ensuite, le futur site se situait dans la zone euro, alors qu'à l'époque les sites « européens » de Toyota étaient en Turquie et au Royaume-Uni. La région a également l'avantage d'être dense au niveau de la population. Pas moins de 100 millions de personnes habitent dans un cercle de 300 kilomètres autour de Valenciennes, dont les grandes métropoles Paris, Londres, Allemagne, Pays-Bas.

L'optimisation des coûts logistiques, un point critique dans l'automobile, a aussi pesé dans la balance grâce à la qualité et la diversité des infrastructures régionales (voies routières, ferroviaires ou fluviales). C'est aussi un bassin industriel où la main d'oeuvre – expérimentée ou non - reste disponible. Le taux de chômage dans la région s'élève à 15 % là où la moyenne française est plutôt de 9 %.

Le coût de la masse salariale, réputé élevé en France, aurait pu être un frein à l'implantation. Cela n'a pas été le cas. « La main d'oeuvre ne représente que 10 à 15 % du coût d'une voiture, explique Eric Moyère. Dès le début du projet, l'idée a été de compenser le coût de la main d'oeuvre en réalisant des économies sur d'autres postes comme la logistique ou l'énergie».

Si l'usine joue la carte « bleu blanc rouge » (elle a été la première à obtenir la labellisation « origine France l'ordre des commandes, quelle que soit leur couleur, leur type (hybride ou non) ou encore leurs options. Ainsi l'atelier peinture est doté d'un système à cartouches imaginé par Toyota, permettant de passer très simplement d'une couleur à une autre d'un véhicule à l'autre.

L'organisation industrielle permet aussi de s'adapter aux fluctuations de la demande. Si la demande chute en dessous de 200 000 voitures /an, l'usine bascule ainsi d'un fonctionnement en 3x8 (deux équipes de jour et une équipe de nuit) à un fonctionnement en 2x8. A contrario, si la demande augmente, le processus de production est davantage segmenté, avec davantage de personnel sur la ligne.

Autre principe clé : éviter d'avoir à corriger a posteriori des erreurs. « l'objectif est d'être bon du premier coup, donc de régler un maximum de problèmes sur ligne », souligne Magalie Delforterie. Chaque opérateur est responsabilisé sur la qualité de son travail et a le pouvoir de stopper l'ensemble de la ligne de production s'il constate une anomalie grâce à l'andon (voir encadré p. 11). De même chaque atelier se doit de fournir un produit zéro défaut à son atelier « client » (l'atelier carrosserie à l'atelier peinture par exemple). « Nous croyons en l'organisation apprenante : chacun doit pouvoir régler les problèmes à son niveau », explique Pascale Duverne, manager développement RH. Au niveau des machines, l'usine investit dans la maintenance.

200 personnes y travaillent. Pour éviter d'avoir à stopper la production, la maintenance préventive est réalisée le week-end. « On se dirige vers une maintenance prédictive, pour détecter les défaillances potentielles avant même qu'elles ne surviennent », ex- Si l'usine joue la carte « bleu blanc rouge » (elle a été la première à obtenir la labellisation « origine France garantie »), la logique de production japonaise est bien l'un de ses secrets, avec l'application du « Toyota Production System ». Pour rappel, c'est ce fameux « TPS » qui est à l'origine du concept de « lean manufacturing ».

Parmi les grands principes du Toyota Production System : le « juste à temps ». Pas question de stocks excessifs !

L'usine est particulièrement flexible et réactive. Le concessionnaire peut modifier la commande jusqu'à une semaine avant le lancement de la production. Le stock est minimal entre chaque atelier (50 voitures, soit environ 50 minutes de stock « tampon »).

Pour lire le reportage illustré sur Toyota Valenciennes dans son intégralité, suivez ce lien !

Visite d'usine réalisée en exclusivité pour SEPEM Industries - Tous droits réservés

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